Traverser le Sud marocain en 4×4 sans y laisser de cicatrices

Traverser le Sud marocain en 4x4 sans y laisser de cicatrices

Sur un reg du Sud marocain, ces plateaux de cailloux sombres qui séparent les oasis, il suffit qu’un conducteur quitte la piste pour doubler un véhicule trop lent. Le suivant reprend sa trace, plus lisse ; un troisième en ouvre une autre pour échapper à la poussière. Quelques saisons plus tard, la piste unique s’est élargie en un faisceau de traces parallèles. Personne n’a rien cassé, et pourtant le sol a changé pour longtemps.

C’est toute la difficulté du voyage en 4×4 dans le désert : l’impact ne se voit presque jamais sur le moment. Il tient à des gestes anodins, répétés d’un convoi à l’autre, et aucun n’apparaît sur une photo de vacances. Voilà sans doute pourquoi la question se pose si rarement avant le départ, alors qu’elle appelle des réponses très concrètes.

Une trace de pneu sur un reg ne s’efface pas avec le vent

Le sable des dunes se remodèle à chaque coup de vent. Le reg, lui, est couvert d’une fine croûte de graviers et de limon qui protège le sol de l’érosion. Une roue la brise, et la marque reste visible pendant des années. La règle se résume donc à rouler dans les traces existantes, même quand elles sont plus cassantes, et à ne pas élargir la piste pour contourner une ornière.

Les dunes ont aussi leurs zones fragiles. Au pied de l’erg, les nebkhas, ces petites buttes de sable fixées par une touffe de végétation, servent de refuge aux insectes, aux lézards et aux petits rongeurs. Passer dessus pour éprouver le véhicule détruit en quelques secondes ce qui a mis des années à se former. Même retenue dans les aires protégées : le parc national d’Iriqui, que l’on traverse entre l’erg Chegaga et Foum Zguid, n’est pas un terrain d’exercice, et les pistes existantes y suffisent largement.

Un oued à sec n’est pas un terrain vague

Sur la carte, l’oued ressemble à un raccourci : un lit plat et dégagé, souvent plus roulant que la piste voisine. C’est aussi là que se concentrent les acacias et les tamaris, que les troupeaux trouvent à brouter, que l’on creuse les puits. Rouler sur les berges arrache les racines qui les tiennent. Garer le convoi à l’ombre d’un acacia pour la pause de midi tasse le sol autour d’un arbre qui pousse avec une extrême lenteur : mieux vaut s’arrêter quelques mètres plus loin et marcher jusqu’à l’ombre.

Le bois mort pose la même question. Au bivouac, la tentation est grande de ramasser quelques branches pour une flambée. Dans une région où chaque fagot sert à cuisiner, ce bois a déjà un usage. Si l’organisateur n’apporte pas son propre combustible, mieux vaut se passer de feu.

Ce que l’eau coûte dans une palmeraie

Les palmeraies de Skoura ou de Zagora vivent d’une eau rare, que les familles se partagent selon des tours fixés de longue date. La douche d’un hôtel d’étape puise souvent dans les mêmes nappes que celles qui irriguent les palmiers. Raccourcir la sienne n’a rien d’héroïque, mais à l’échelle d’un groupe et de plusieurs nuits, la différence se mesure vite.

La bouteille en plastique est l’autre sujet. Dans les communes rurales du Sud, la collecte des déchets reste limitée, et une bouteille vide finit trop souvent dans un oued. Une gourde personnelle, remplie à des bidons de grande contenance quand l’organisateur en prévoit, réduit nettement le volume. Les déchets du bivouac, eux, repartent avec le convoi : rien ne s’enterre, pas même les épluchures, que renards et chiens errants déterrent dans la nuit. Le papier toilette pose le même problème, en plus visible : dans un sol aussi sec, il ne se décompose presque pas et le vent le disperse. Un sachet refermable dans la poche règle la question.

Dans les villages, le convoi doit changer de rythme

Le passage d’une file de 4×4 dans un douar soulève une poussière qui retombe sur le linge, les étals et les cours. Ralentir franchement à l’entrée des villages est la première des politesses, et la plus facile. S’y ajoutent quelques usages simples :

  • demander avant de photographier quelqu’un, et accepter un refus sans insister ;
  • ne pas distribuer bonbons, stylos ou pièces aux enfants qui accourent au bord de la piste, une habitude qui leur apprend à guetter les voitures pour quémander ;
  • acheter directement aux coopératives, dattes, henné ou tapis, plutôt qu’aux boutiques des grandes étapes ;
  • couvrir épaules et genoux hors des hôtels, par égard plus que par obligation.

Aucun de ces gestes ne change la vie d’une vallée. Mis bout à bout, ils font la différence entre un convoi que l’on tolère et un convoi que l’on accueille.

Une bonne partie de l’impact se décide au moment de réserver

Le choix de la formule pèse davantage que la bonne volonté sur place. Un petit convoi mené par un guide qui connaît les pistes laisse moins de traces qu’une série de véhicules isolés cherchant leur chemin à vue. Les fiches de circuits donnent déjà des indices : sur caravanes-aventures.com, par exemple, les voyages sont présentés comme des itinéraires guidés en petit convoi, et la fiche du Maroc, sur neuf jours, mentionne un guide francophone, un véhicule d’assistance et trois nuits en bivouac. Restent les questions à poser par écrit avant de signer : qui gère les déchets du camp, d’où vient l’eau, les guides et les cuisiniers sont-ils recrutés dans la région.

Un dernier réflexe, pour les jours de piste : avant de repartir d’une pause, faites le tour du véhicule. Un bouchon, une lingette ou un mégot oubliés dans le sable dureront bien plus longtemps que l’empreinte de vos pneus sur la dune, que le vent aura recouverte avant la fin de la semaine.